Le gaming, un tremplin pour ma carrière professionnelle.

Interview d’Abdoulaye Sarr – Responsable de la communication digitale chez Electronic Arts / Ancien Youtubeur Fifa

1/ Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Bonjour à tous, je m’appelle Abdoulaye Sarr, j’ai 28 ans et j’ai été joueur professionnel compétitif sur Fifa. A l’âge de 13 ans je deviens numéro 1 sur le classement mondial en ligne puis je lance ma chaîne YouTube  sur laquelle je réalise des tutoriels et des vidéos gameplay. J’ai eu la chance de voyager un peu partout dans le monde et notamment en Europe pour des compétitons de jeux vidéo. Aujourd’hui je suis responsable de la communication digitale pour la branche EA SPORTS chez Electronic Arts.

 

2/ Tu as été numéro 1 sur le classement mondial FIFA à 13 ans. Comment tout a commencé ? 

C’est très simple, j’ai toujours été fan de Football avant d’être fan de jeux vidéo. A cette époque, une bonne partie de mes amis jouaient à PES, moi j’ai commencé à m’intéresser à Fifa (2003-2004-2005) car on pouvait jouer en ligne. J’ai affronté des joueurs du monde entier et c’est ce qui m’a permis d’évoluer, puis j’ai commencé à participer à des compétitions en réseau. J’ai pris du niveau, j’ai progressé et adoré l’esprit compétitif. Le challenge m’a donné envie de continuer et surtout de partager mes connaissances et mon savoir-faire avec les autres joueurs.

 

3/ Tu as débuté dans ce milieu très jeune. L’eSport a énormément évolué, quels sont les plus gros changements selon toi ? (nouveaux profils, un secteur plus ouvert, les modes de consommation qui évoluent , les gains…)

D’un point de vue joueur, je sais qu’aujourd’hui, je n’aurai pas pu avoir le titre de meilleur joueur avec mon niveau de l’époque. Pourquoi ? Les joueurs sont maintenant considérés comme des athlètes et passent le plus clair de leur temps à jouer. Ils s’entraînent régulièrement et participent à des compétitions de plus en plus difficiles. Ils montent très vite en compétences et sont plus performants qu’il y a une dizaine d’années.

Côté jeux vidéo, les modes de consommation évoluent. Nous avons le mode de jeu classique, où les joueurs s’affrontent seul ou en équipe. Et nous avons le mode de jeu spectateur, où les joueurs peuvent rejoindre une partie, la regarder mais sans y jouer !  Ce phénomène s’accentue davantage avec les plateformes de streaming, comme Twitch Tv par exemple, la plateforme de streaming pour le gaming. Les internautes peuvent suivre des compétitions en ligne, interagir avec le streamer et échanger sur des méthodes de jeu.

Niveau sponsor, on le voit, les grandes marques s’investissent de plus en plus dans l’eSport. Il y a encore quelques années, c’était des petites boutiques de jeux vidéo qui nous contactaient pour promouvoir les produits.  Aujourd’hui on peut apercevoir des marques comme Adidas, Puma, CDiscount ou encore la Fnac. Parfois, elles organisent elles-mêmes leur propre compétition et récupèrent le naming (associer son nom de marque à une entité ou à une compétition). C’est notamment le cas avec Orange, qui est namer de l’Orange Ligue 1, le championnat de Fifa en France actuellement.  C’est pour elles, une nouvelle manière de toucher une cible plus jeune et différente.

Et enfin, j’aimerai parler d’un changement majeur sur les clubs sportifs. De plus en plus de clubs ont leur propre structure eSport. En France, nous avons le PSG, le FC Nantes ou encore l’Olympique Lyonnais. En Allemagne, ils ont Wolfsbourg ou Schalke 04. Au sein de ces collectifs, les clubs ont chacun leur propre équipe. Ce sont des joueurs professionnels eSport, qui sont salariés et font partie du club, ils perçoivent un salaire et ont un contrat travail. C’est là, où tu vois vraiment que les choses ont évolué.

 

4/ Quels changements aimerais-tu voir ? (plus de médiatisation, plus d’événements nationaux et internationaux …)

En premier lieu ? L’aspect structurel ! Malheureusement, les clichés sur les gamers sont encore présents dans ce milieu, on manque clairement d’encadrement. Certes, on voit que ça évolue un peu, mais ce n’est pas encore clair dans l’esprit de tout le monde. Il faut bien définir en quoi consiste l’eSport et le contextualiser.

Ensuite, vient la médiatisation. Il y a encore quelques années, l’eSport n’était pas aussi connu, ni pris au sérieux. Aujourd’hui, on commence à voir des chaines de télévision qui achètent des droits de division eSport. M6 a par exemple, acheté les droits de diffusion de l’Overwatch League (jeu de tir en stratégie). Plus on diversifiera les médias, plus on aura une meilleure visibilité sur l’eSport.

Côté joueur, on a également du travail à faire ! Lorsqu’on devient un profil « public », on véhicule une certaine image, celle-ci doit être travaillée et soignée. Je ne dis pas qu’il faut adopter une autre personnalité. Mais il faut impérativement soigner son langage et adopter un bon comportement.

En Allemagne, l’eSport est reconnu comme un sport officiel. L’Etat souhaite favoriser le développement économique de ce secteur, ils pensent même à l’intégrer aux Jeux Olympiques. Tu vois, justement, comment nos voisins sont avancés.

 

5/ Tu as poursuivi ta passion jusqu’au bout, et aujourd’hui tu as réalisé ton rêve. Tu es responsable de la communication chez Electronic Arts. Peux-tu nous expliquer ce que tu fais ?

Je suis responsable de la communication digitale chez EA sur la gamme sport pour la France et le Benelux. Mon travail consiste à diffuser et gérer stratégiquement toute la communication des jeux Fifa, NBA Live et Madden NFL. Je m’occupe principalement du contenu et de la diffusion. En gros, quand tu vois Mbappé ou Neymar sur l’affiche, derrière c’est moi !

 

6/ La plupart des joueurs développent grâce à l’eSport des compétences techniques, d’adaptation, ou encore relationnelles et sociales. Quelles sont les compétences que tu as pu développer ? (stratégie, travail en équipe, montage vidéo, Community management …)

Un joueur eSportif ne stagne jamais, il évolue constamment. Grâce aux jeux vidéo, j’ai énormément évolué. Ça m’a permis de développer plusieurs aspects techniques et relationnels. Tu développes très rapidement des réflexes et tu anticipes davantage. Tu fais le montage de tes propres vidéos et gères ta communauté ! Il m’est arrivé de commenter des compétitions Fifa en anglais devant plus de 100 000 personnes, c’était l’une des meilleures expériences de ma vie et je ne l’oublierai jamais.

Socialement, ça vous aide énormément ! J’ai très rapidement élargi mon réseau et je rencontre régulièrement des nouvelles personnes de divers horizons. On passe de l’aspect virtuel à l’aspect réel, loin des clichés selon lesquels les gamers vivraient reclus de la société.

Sur l’aspect professionnel, il est vrai que mes expériences sur le terrain, notamment le fait d’être Youtuber Fifa, m’ont permis de connaitre la communauté Fifa. Je connais parfaitement le jeu et sais exactement comment il faut communiquer avec les passionnés. En janvier, nous avons organisé un événement qui s’appelle la « Team of the Year » et pour cette communication, nous avons essayé d’urbaniser un peu plus notre communication. Nous avons joué sur la proximité et ça a payé, nous avons eu plus de retours et plus d’engagement sur nos campagnes.

 

7/ Lors de tes entretiens écoles ou entreprises, les recruteurs ont-ils été sensibles à ton profil de Gamer ? Quelles ont été leurs réactions ?

Bien sûr, j’ai eu de très bons retours. Certains d’entre eux ne connaissait pas forcément le secteur mais ils deviennent très vite intéressés et portent davantage d’intérêt à notre profil. Parfois même, certains me connaissaient en tant que Youtuber et regardaient mes vidéos ! Dès que vous parlez de votre expérience sur le terrain, ça change la donne.

 

8/ Certains candidats ont des difficultés à mettre en avant cette partie de leur profil. Quels conseils pourrais-tu leur donner pour les y aider ?

Gamer ou non, je leur conseille vraiment d’avoir un projet personnel en amont de leurs études. Grâce à ce projet, ils vont pouvoir développer des capacités et des compétences et c’est ce qui va faire la différence sur le CV. En fait, ce n’est pas le profil gamer qu’il faut mettre en avant, mais les compétences qui en découlent. Et je le conseille à tous les étudiants qui viennent faire leur stage chez EA, peu importe la nature de leur projet personnel.

 

9/ Le 30 mars prochain, nous organisons le StepStone Digital Challenge, un événement e-sport qui permettra aux étudiants de pratiquer leur passion face à des recruteurs qui estiment que les gamers développent de réelles compétences pour leur future vie professionnelle. Que penses-tu de la démarche de ces entreprises ? 

Je pense vraiment que c’est une bonne initiative. Ce que j’admire là-dedans, c’est que ça permet de faire évoluer les mentalités et de changer l’image que beaucoup de gens ont sur le gaming et l’eSport.

Et surtout ça donnera aux jeunes qui viendront se présenter, l’envie de partager leur passion.

 

Interview avec Alexandre LACAZETTE, international français et numéro 9 à Arsenal sur un match FIFA 18 !

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